Un Mot Tel Idéal, antipoème
On s’est écrit des mots justes
devant un écran à cristaux liquides,
dans un réseau vide,
dans un labyrinthe où les gens se perdent
pour se retrouver dans des chambres anonymes
Toi, le bibliothécaire, tu m’as trouvée
et tu flirtais avec mes points sensibles
Tu voulais me conquérir par les mots
en glorifiant ma beauté ordinaire
On s’est écrit
des mots injustes
pour se retrouver nus dans le noir
dans un motel Idéal
Je voyais en toi l’homme idéal
qui parlait à mon oreille
Tu m’as dit : « Nous sommes des flocons humains dans la tempête du vivre. »
Oui, je fonds tel un flocon enlacé dans tes mains gentilles et inconnues
Idéal, tel est le mot
tout glisse en moi
au rythme d’un dauphin
sur le petit lit défait
présente à ta présence
Nous sommes dans la mer de l’oubli des heures
Un mot tel Idéal
nous conditionne à des secrets
voilés, murmurés
à des larmes de petites filles de trente ans ensorcelées
par un homme marié jusqu’à l’os
Un mot tel Idéal se trouve entre les draps de couleurs kitsch
Un mot tel Idéal existe dans les nanosecondes d’une vie secrète
nous sommes amoureux pour quelques heures
et nos synapses sont heureuses et excitées
Tu m’as dit : « L’amour ne peut durer que trois mois ».
J ’embrasse le muscle de ta jambe
croque la vipère dans ta langue
j’accueille l’anamour que tu me donnes comme idéal
Un mot tel idéal
existe entre les draps d’un lit loué
dans une chambre d’un motel, rue Lajeunesse
I-d-é-a-l existe sur le bout des lèvres et s’écrase sur nos pieds
Tu caresses mon ventre qui avait un poulet mangé
Je suis une petite fille au pied d’un demi-dieu grec
qui porte un chandail avec un ours imprimé
il y a beaucoup de d’ourseur en toi
et les douces heures s’écoulent vite
Un mot tel Idéal
existe pour quelques heures de plaisir
existe pour les couples défaits et refaits
Je t’ai donné ma peau dans l’idéal des choses
puisque c’est dans les corps que s’expriment la joie
qu’est-ce que la Joie dans une chambre anonyme ?
Joie est un mot murmuré pour le corps
baiser doux doux baiser
multiplié
dans la nuque sur les joues
j’effleure le mot
avec dans le désir d’avoir tes yeux
à moi toute seule
Je t’imagine dans ta bibliothèque
faire des recherches sur des mots disparus
Tu aimes plus les livres que les humains
et tu aimes plus les forêts que les livres
Idéal existe, mais ne signifie rien en soit
À part un motel délabré où on fait semblant de s’aimer
Quelques heures et je ne te reverrai plus
plus jamais je te reverrai oui
Voilà tu m’as quitté
Tu es retourné vivre dans ta petite ville qui porte le nom d’un saint
laissant la fille folle sur le lit défait avec son téléphone dans les mains molles de joie